Actes n°3 / Patrimoine matériel et immatériel dans les Sociétés des Suds et des Orients

Le langage poétique hybride du Melhoun : Voix et miroir de la société marocaine

Salma FELLAHI

Résumé

Depuis l’Antiquité, la perception de l’artiste est une vision singulière de l'univers des formes ; que l’œuvre soit écrite ou orale.    Notre objectif s’inscrit dans cette perspective. Ayant pour corpus des extraits de chants poétiques marocains faisant partie du Melhoun, nous voulons prouver que le cheikh (poète) du Melhoun, malgré qu’il n’ait pas reçu une formation académique, est un porte-parole et un instituteur. Grâce à sa fantaisie verbale nourrie de rythmes, de jeux sonores, d’images poétiques et de références socioculturelles, il propose une vision à la fois réelle et fictive du milieu dans lequel il vit. En conséquence, sa poésie est liée à son vécu, à sa mémoire collective et à sa capacité inventive, où le langage est plus important que la langue. Ceci ne peut que représenter une partie du patrimoine immatériel car elle a trois pouvoirs importants : littéraire, historique et socioculturel. 

Abstract

Since Antiquity, the artist's perception has not been a "view" of the world but rather a "vision" of the universe of forms; whether the work is written or oral, a donation, or theoretical writing. Our goal is manifested in this perspective; we want to demonstrate that an artist is not named as such just because he is literate. Having as a corpus from Moroccan poetic songs that are part of the melhoun, we want to prove that the sheikh (poet) of Melhoun, despite not having received any academic training, is a spokes person and a teacher. His verbal fantasy nourished by rhythms, sound games, poetic images and socio-cultural references, offers a vision real and fictitious at the same time of the environment in which he lives. As a result, his poetry is related to his traditions, his experiences, to his collective memory and to his inventive capacity where the traditionnal language is more important than classical language and which represent a part of the intangible heritage that must be recognized and protected, because, it has three important powers: literary, historical and socio-cultural.

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<h2>Introduction</h2> <p>Comme tout autre po&egrave;te lettr&eacute; ou&nbsp; pas, celui du Melhoun - chant po&eacute;tique populaire&nbsp; marocain n&eacute; au 15&egrave;me si&egrave;cle au sud du Maroc - se veut le porte-parole de sa soci&eacute;t&eacute;, son instituteur, d&eacute;passant ainsi&nbsp; les autres par sa capacit&eacute; &agrave; po&eacute;tiser ce qu&rsquo;il voit, malgr&eacute; qu&rsquo;il n&rsquo;ait pas eu de formation acad&eacute;mique. D&egrave;s lors,&nbsp; gr&acirc;ce &agrave; sa fantaisie verbale nourrie de rythmes, de jeux sonores, d&rsquo;images po&eacute;tiques et de r&eacute;f&eacute;rences socioculturelles, il propose une vision &agrave; la fois r&eacute;elle et fictive de son milieu et reproduit ainsi des faits socio-politiques, use d&rsquo;un code linguistique dans lequel les figures de style occupent une grande place. Autrement dit, la tradition culturelle est transform&eacute;e par le cheikh[1] qui donne &agrave; sa langue commune des fragments po&eacute;tiques qui engendrent non pas une connaissance du milieu mais une reconnaissance, si bien que la tradition culturelle devient une tradition po&eacute;tique. Celle-ci comporte un surplus s&eacute;mantique qui, au-del&agrave; des significations r&eacute;f&eacute;rentielles, assure un contenu traditionnel linguistique et litt&eacute;raire.</p> <p>Le langage po&eacute;tique est alors &agrave; ne pas confondre avec le langage pratique&nbsp;; le Melhoun use des deux pour en faire son mode d&rsquo;expression hybride. Cette richesse a incit&eacute; L&rsquo;Acad&eacute;mie du Royaume du Maroc &agrave; vouloir l&rsquo;inscrire dans le Patrimoine culturel immat&eacute;riel&nbsp;; le dossier est d&rsquo;ailleurs en cours de pr&eacute;paration depuis quelques ann&eacute;es.</p> <p>Nous tenons &agrave; souligner que notre intervention se concentre sur le Melhoun en tant que texte po&eacute;tique et non en tant que chant po&eacute;tique, des textes que nous avons traduit - tout comme l&rsquo;a fait Fouad Guessous &nbsp;(&eacute;crivain et amateur du Melhoun) et dont nous utilisons certaines traductions - de l&rsquo;arabe dialectal marocain vers la langue fran&ccedil;aise[2].</p> <h2>Le langage du Melhoun&nbsp;: une langue hybride</h2> <p>Les diff&eacute;rentes influences qu&rsquo;a subies le Melhoun ne sont pas d&rsquo;ordre th&eacute;matique et culturel seulement. Elles sont &eacute;galement d&rsquo;ordre linguistique&nbsp;: la langue utilis&eacute;e dans le Melhoun, bien qu&rsquo;elle soit dialectale puise &eacute;norm&eacute;ment de la langue arabe litt&eacute;rale, po&eacute;tique et celle du Coran, ce qui en fait une langue hybride[3]. L&rsquo;arabe classique, devenu langue officielle du Maroc depuis le d&eacute;but du Moyen-&Acirc;ge, avait permis l&rsquo;acc&egrave;s aux textes scientifiques arabes anciens aussi bien par la communaut&eacute; musulmane que juive. Par ailleurs, cette langue classique n&rsquo;est pas rest&eacute;e longtemps l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment de pr&eacute;dilection des textes po&eacute;tiques marocains. Les po&egrave;tes s&rsquo;y inspirent certes mais transforment &agrave; leur guise les expressions et les sonorit&eacute;s. &nbsp;Ce qu&rsquo;Ibn Khaldun[4] avait intitul&eacute; &Acirc;rud al balad[5] &nbsp;(rimes des villes)[6], utilise alors une nouvelle langue : il s&rsquo;agit d&rsquo;un dialecte nourri de termes arabes classiques soutenus, en grande majorit&eacute;. Par cons&eacute;quent, le langage du Melhoun se distingue par rapport au parler commun de la soci&eacute;t&eacute; marocaine&nbsp;; la complexit&eacute; et le choix de certains termes lui conf&egrave;rent son caract&egrave;re po&eacute;tique et singulier. D&rsquo;ailleurs Abbas El Jirari[7], dans Al Qasida[8], souligne ces deux aspects. Selon lui, il existe un parler&nbsp;marocain, nuanc&eacute; selon les r&eacute;gions et tribus, utilis&eacute; pour communiquer. Et puis il y a le registre linguistique utilis&eacute; par le zajjal, (po&egrave;te) qui arrive &agrave; cr&eacute;er un champ th&eacute;matique o&ugrave; les expressions ne sont, en g&eacute;n&eacute;ral, que symboles, comparaisons et m&eacute;taphores.&nbsp;</p> <p>De ce fait, m&ecirc;me si le dialecte marocain est inspir&eacute; de la langue arabe classique, certains termes utilis&eacute;s dans le Melhoun ne sont pas &agrave; la port&eacute;e de tout le monde. Selon El Jirari, il n&rsquo;est gu&egrave;re &eacute;vident d&rsquo;emprunter la langue des lettres[9] au point de singulariser des po&egrave;tes tel que Abdelaziz El<br /> Meghraoui[10]qui utilise un langage tr&egrave;s proche de la mu&rsquo;&acirc;llaqa[11] arabe o&ugrave; les figures de style foisonnent. Cet extrait de &laquo; Tourterelles de Tourelles/ Hmam stah &raquo; [12] en est l&rsquo;exemple&nbsp;:</p> <p>Divines beaut&eacute;s! Implorez la gr&acirc;ce !&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Elle et la tourterelle des terrasses<br /> A la chevelure ruisselante<br /> Aicha et fatma l&rsquo;&eacute;blouissante!&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Transi est mon corps! Troubl&eacute;e est mon &acirc;me.<br /> Et mon humeur ternit sans flammes!&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> L&rsquo;&eacute;p&eacute;e d&rsquo;Eros m&rsquo;assaille o&ugrave; que j&rsquo;aille,<br /> Ses arm&eacute;es m&rsquo;assi&egrave;gent je suis sans mitraille!&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> D&eacute;cha&icirc;n&eacute;e enrag&eacute;e est la bataille!<br /> Ses cavaliers ses archers m&rsquo;assaillent!</p> <p>يا جمع الباهيات رغبو فيا مصبوغت اللماح<br /> &nbsp; هيا و حمامت السطاح<br /> مبروم السالفين غيتة<br /> و هلال الزين فاطما<br /> يا تعدامي كدات ناري وتروع ساكني و جاح<br /> وخسف لوني بلا جراح<br /> &nbsp; مير الغيوان سل سيفو و حركلي للملاطما<br /> &nbsp;وهزم جندي و صاكلي و نا لا بارود لا سلاح<br /> &nbsp;&nbsp;ودفع بالغيض للكفاح<br /> &nbsp;و غشاني يمني و يسار<br /> &nbsp;بكصاص الخيل و الرما</p> <p>En dehors de ce po&egrave;te, les autres chantres s&rsquo;inspirent aussi de l&rsquo;arabe classique. Mohammed El Fassi[13] explique le lien avec cette langue par les le&ccedil;ons donn&eacute;es dans les mosqu&eacute;es o&ugrave; les bardes du Melhoun n&rsquo;h&eacute;sitent pas &agrave; poser des questions &agrave; l&rsquo;imam &acirc;lim (th&eacute;ologue). Cette influence est par exemple visible dans &laquo;&nbsp;Messeigneurs descendants du proph&egrave;te/ Assadati wlad Taha&nbsp;&raquo;[14] de Driss Ben Ali[15]&nbsp;:</p> <p>Vous &ecirc;tes les purs vous &ecirc;tes les sinc&egrave;res,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Vous &ecirc;tes du Proph&egrave;te les descendants fiers<br /> De Sa mansu&eacute;tude il vous a habill&eacute;s,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> De ses secrets il vous a gratifi&eacute;s.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> De la noble de Koraich, la bienfaitrice,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Sublime et magnanime, vous &ecirc;tes le fils, &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Lalla Fat&eacute;ma la Sainte l&rsquo;Immacul&eacute;e,&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> La distingu&eacute;e l&rsquo;in&eacute;gal&eacute;e l&rsquo;aur&eacute;ol&eacute;e</p> <p>La nuit de noces Taha a suppli&eacute;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Dieu pour elle et son cousin et tout leur foyer&nbsp;:&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> &laquo;Seigneur faites que leur union fleurisse,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Que la communaut&eacute; s&rsquo;accomplisse et se tisse!&raquo;</p> <p>Ah! Quelle nuit sublime et emplie de merveille &nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Nuit de l&rsquo;&eacute;clipse de la lune et du soleil,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Dieu a souscrit &agrave; la pri&egrave;re du Proph&egrave;te&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Sa requ&ecirc;te est satisfaite sur la plan&egrave;te.</p> <p>انتم هل الصفا والوفا ونتوما لنبي الال<br /> طهركم حق دا الجلال<br /> وعطاكم كامل العطيا فحسن سرار والباهرا<br /> انتم ولاد الشريفا القرشيا دورت الجمال<br /> الكريما زينت الفعال<br /> مولاتي فاطمة البتول الحوريا القاسرا<br /> في ليلت عرسها دعاليها طها سيد الرجال<br /> ودعا لبن عمها وقال<br /> الله وما طيب نسلهم وكمل عرس حيضرا<br /> مسعدها يا فهيم ليلا فاقت عن ساير الليال<br /> لتقات الشمس بالهلال<br /> .وقبل ربي ودعا حبيبو فالدوريا كماترا</p> <p>En cons&eacute;quence, il n&rsquo;est point surprenant d&rsquo;y remarquer un m&eacute;tissage linguistique int&eacute;grant le dialecte marocain et l&rsquo;arabe classique, d&rsquo;o&ugrave; la notion de diglossie qui est in&eacute;vitable. Ce m&eacute;tissage auquel les po&egrave;tes ont eu recours t&eacute;moigne du d&eacute;sir de plaire et de rivaliser avec leurs anc&ecirc;tres arabes lettr&eacute;s&nbsp;: gr&acirc;ce &agrave; une langue soign&eacute;e, ils acc&egrave;dent eux aussi au beau po&eacute;tique o&ugrave; m&ecirc;me le langage gastronomique est int&eacute;gr&eacute; dans certains po&egrave;mes. Prenons l&rsquo;exemple du &laquo; Festin / Zerda&raquo;[16] de Mohammed Ben Ali Mesfioui[17]&nbsp;:</p> <p>Et pour commencer, apporte-moi du couscous<br /> Mais prends bien garde![Que] tes mains ne l&rsquo;&eacute;clabousse<br /> Qu&#39;il soit servi dans une tr&egrave;s grande soucoupe<br /> Note que le beurre y aura le vent en poupe!<br /> Garnis- le de l&eacute;gumes fra&icirc;ches et de viande<br /> Puis un tajine de tfaia[18] aux amandes<br /> Et une seffa[19] o&ugrave; les pigeonneaux abondent<br /> Bien au chaud et en disposition profonde<br /> Pour que leur dialogue avec le vermicelle<br /> Soit tendre amoureux et confidentiel&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> Que le riz soit bien bouilli dans un lait tr&egrave;s pur<br /> Puis une soupe aux vermicelles en parure,<br /> Mais qu&#39;elle soit bien chaude et torrentielle!<br /> Apporte les tajines les plats et les bols&nbsp;!</p> <p>هات لي فالأول سكسو<br /> ولا تخلي حد يمس<br /> يكون في شي طبسيل كبير<br /> بالزبادي راوي<br /> واعمل عليه غنمي**وخضاري رايقة نفيسة<br /> دير تفاية مع الزبيب**ولوز وبصلة<br /> كذاك سفة بفراخ من الحمام<br /> مردومة وسخونة<br /> مع الشعرية للغاها عشيق<br /> بالحليب الصافي&nbsp;&nbsp; ** والروز يطيب مليح<br /> أرى من الفداوش شربة<br /> وتكون راوية وسخونة<br /> أرى طواجنك وصحونة</p> <p>Cet extrait de po&egrave;me pourrait &ecirc;tre compar&eacute; &agrave; une recette de cuisine, vu que le chantre d&eacute;crit dans les moindres d&eacute;tails les sp&eacute;cialit&eacute;s marocaines, pr&eacute;sent&eacute;es &agrave; travers des images socio-po&eacute;tiques et culturelles. Y sont d&eacute;crits les plats traditionnels que l&rsquo;on mange g&eacute;n&eacute;ralement lors des c&eacute;l&eacute;brations de tout genre dans le but de les faire connaitre, d&rsquo;o&ugrave; la n&eacute;cessit&eacute; de traduire ces textes dans toutes les langues. Cet &eacute;lan socioculturel est &eacute;galement omnipr&eacute;sent dans les po&egrave;mes &agrave; caract&egrave;re politique o&ugrave; le fabuleux occupe une tr&egrave;s grande place. Elans socioculturels, politiques&nbsp;et fabuleux : Quel lien&nbsp;?</p> <p><br /> Comme nous l&rsquo;avons mentionn&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment, le po&egrave;te du Melhoun jongle ais&eacute;ment avec les figures de style. De ce fait, les noms relatifs &agrave; la nature, aux animaux et aux objets sont utilis&eacute;s afin de transmettre un message li&eacute; aux croyances et aux in&eacute;galit&eacute;s sociales. C&rsquo;est le cas, par exemple dans &laquo; Le merle et le canari &raquo;[20] de Ben Ali Mesfioui. &nbsp;Ce po&egrave;me est un dialogue connotatif entre deux oiseaux chanteurs : un merle et un canari, tous deux faisant partie d&rsquo;une cat&eacute;gorie d&rsquo;oiseaux auxquels les artisans marocains se sont habitu&eacute;s &agrave; avoir comme animaux de compagnie. Les mettant dans des cages pour profiter de leurs chants, ils sont devenus leur source d&rsquo;inspiration.</p> <p>Dans le po&egrave;me de Mesfioui, le merle reproche au canari de s&rsquo;&ecirc;tre expatri&eacute; pour finir enferm&eacute; dans une cage, les ailes coup&eacute;es, ce qui en fait un adversaire diminu&eacute; et incapable de chanter comme le merle :</p> <p>Tu t&rsquo;es permis d&rsquo;envahir mon univers<br /> Alors qu&rsquo;il n&rsquo;a pas besoin de toi!<br /> Peut-importe o&ugrave; et quand,<br /> Ta mine est toujours ex&eacute;crable.<br /> Pauvre oiseau&nbsp;! Dans les prisons,<br /> Tu passes tes p&eacute;nibles journ&eacute;es, d&eacute;chu de tes plumes ail&eacute;s<br /> (Notre traduction).</p> <p>جيتي لبلادي و لا دركت شان<br /> و لا عمرت بك أوطان<br /> في كل ان<br /> تصفار و تذ بال ابلهجر يرقان<br /> طير أيامك افلشقا مع السجان<br /> سير عادم الجنحان[21].</p> <p>Le canari, afin de se d&eacute;fendre, se vante d&rsquo;&ecirc;tre aim&eacute; par tout le monde pour sa gr&acirc;ce et sa belle voix&nbsp;:</p> <p>J&rsquo;ai &eacute;t&eacute; apprivois&eacute; quand j&rsquo;&eacute;tais jeune<br /> Aussit&ocirc;t, la gloire m&rsquo;avait ouvert son seuil&nbsp;!<br /> De tout temps, dans toute circonstance,<br /> Je ne connais gu&egrave;re le sommeil et la r&eacute;ticence&nbsp;:<br /> Et chante le bonheur tel un sultan sur son tr&ocirc;ne<br /> Entour&eacute; de gens de tout &acirc;ge.<br /> (Notre traduction).</p> <p>جابوني و انا صغير من لعجام<br /> و ادركت علو و مقام<br /> طول الدوام<br /> و لا نام &nbsp;كانلاغي وقت الهنا بكل أنغام<br /> تلقلاني وسط البساط كي السلطان<br /> .[22]بين الريام و شبان</p> <p>Le po&egrave;me se poursuit sur une tonalit&eacute; ironique&nbsp;sous forme d&rsquo;insultes entre les deux personnages que tout diff&eacute;rencie. L&rsquo;un r&eacute;side dans sa propre ville, l&rsquo;autre est expatri&eacute;, donc &eacute;tranger. C&rsquo;est dire la jalousie et les concurrences dans les r&eacute;gions du Maroc, des concurrences n&eacute;es des migrations que la population native de la r&eacute;gion consid&egrave;re, parfois, si l&rsquo;on ose dire comme une identit&eacute; vol&eacute;e &agrave; l&rsquo;autre.</p> <p>Ici, il s&rsquo;agit, &eacute;ventuellement, des propri&eacute;taires po&egrave;tes eux-m&ecirc;mes. L&rsquo;histoire se termine par la r&eacute;conciliation des deux oiseaux, action que nous retrouvons dans la plupart des po&egrave;mes de ce genre.</p> <p>Cette tradition est d&rsquo;ailleurs tr&egrave;s appr&eacute;ci&eacute;e de nos jours et raviv&eacute;e par certains po&egrave;tes dont Ismail Alaoui Selssouli[23]. Ainsi est-il dans son po&egrave;me &laquo;&nbsp;Dispute entre le t&eacute;l&eacute;phone fixe et le t&eacute;l&eacute;phone portable/ Khssmat lportable wl fixe&raquo;&nbsp;:</p> <p>فاللول ناض المحمول + كيسرسر و انا مشغول + مع الصفحة الرياضية ديال<br /> &nbsp;كاس العالم + ملي مشيت نسمع من نادني + كانشوف الثابت زعفان + كايعاير&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br /> &nbsp;خارج لحوال + ثم قايل ايا البورطابل + خبرني بعدا منين طحت و اتزويت +<br /> &nbsp;ابحال سراق الزيت نعني الي ادويت + غير الشنعة اللي اديت + و انت شايط<br /> &nbsp;فالزناقي عند الولاد الصغار + حين اظلام الليل بيك لعبوا طاب الفول يا قشيوش<br /> &nbsp;عاشور + الناس بك تلفات + و الحوادث زايدة فالطرقان اسبابها انت يا عرق<br /> &nbsp;النحس + للجوامع داخل و على المومنين شوشت فاصلاتهم + محسوب شيطان<br /> &nbsp;رجيم ما توقر حرمة و لا امقام<br /> [&hellip;]<br /> ناض البورطابل زعفان + جاوب الثابت بالبيان + ما حشمت ما راعت + فالركينة<br /> منسي هذا اشحال + بان عليك الشرف يا المشلول ما تمشي ما تجي + بخيوط مكثف<br /> زايد لفضيحة فوق السطاح + و انتيا زعما قديم و غشيم سرك اتلاح مع لافيراي ديال<br /> هتلير + وذنيك مقلشين رفعوا سماعة مخرششة معطوبة عشرين عام + ما يتفرز<br /> .[24]صوت لكلام</p> <p>C&rsquo;est bien le portable qui a commenc&eacute; !<br /> Voil&agrave; qu&rsquo;il sonne alors que mes pens&eacute;es<br /> Avec le mondial se pr&eacute;lassaient<br /> Que vois-je ? Le fixe en pleine rage !</p> <p>&laquo; Eh ! Portable, dis-moi sans ambages,<br /> Tu tombes bien par terre comme un cafard,<br /> Et ton son devient nasillard,<br /> Ta renomm&eacute;e ne repose sur rien<br /> Tu cours les rues comme un boh&eacute;mien<br /> M&ecirc;me les petits gosses te poss&egrave;dent<br /> Et d&egrave;s que le jour &agrave; la nuit c&egrave;de<br /> Ils font de toi leur jouet mod&egrave;le</p> <p>Pauvre accessoire du P&egrave;re No&euml;l !<br /> Tu d&eacute;tournes les gens du bon chemin<br /> A cause de toi les gens sont perdus,<br /> Les accidents de la route r&eacute;pandus,</p> <p>Tu en es la cause, t&ecirc;te de mule !<br /> M&ecirc;me dans les mosqu&eacute;es tu d&eacute;ambules</p> <p>Tu d&eacute;ranges les fid&egrave;les en pri&egrave;re<br /> Tu n&rsquo;es qu&rsquo;un Satan qui rien ne v&eacute;n&egrave;re</p> <p>[&hellip;]Sur ces mots le portable se dressa<br /> Et de r&eacute;pondre au fixe, il s&rsquo;empressa.<br /> Tu n&rsquo;as pas honte esp&egrave;ce de reclus !<br /> C&rsquo;est la vieillisse qui te d&eacute;value<br /> Tu n&rsquo;es qu&rsquo;un impotent s&eacute;dentaire<br /> A l&rsquo;allure stupide et grossi&egrave;re[25].</p> <p>Dans ce type de po&egrave;mes &agrave; caract&egrave;re humoristique, il est g&eacute;n&eacute;ralement question de conflits de g&eacute;n&eacute;rations et de classes sociales o&ugrave; le barde tente de reconstituer les choses, narrant son &eacute;change avec les &eacute;l&eacute;ments :</p> <p>ابقيت فاهي نسمع لخصام + كانت فراجة يا الكرام + دخلت بخيط ابيض كل واحد<br /> &nbsp;شديت بخاطر + و تفاجا لغيار كلت لهم انتم بزوج لايقين ، فحياتي ما ندوزكم سمعوا ليا<br /> &nbsp;تصاحوا قدامي٠</p> <p>و بداوا بالتسرسير حتى فاقوا اجميع امالين الدار + احكيت لهم ما صار + كاتبوا<br /> فقسامي قصة للي يقرا + كيفهموني ناس الذوق و المعاني لكبار[26].</p> <p>&Eacute;bahi, je suis cet &eacute;change !<br /> C&rsquo;&eacute;tait les amis, un spectacle &eacute;trange !<br /> J&rsquo;intervenais en bon m&eacute;diateur.<br /> En renvoyant &agrave; chacun l&rsquo;ascenseur.<br /> Les malentendus se sont dissip&eacute;s&nbsp;:</p> <p>Vous &ecirc;tes tous deux, leur dis-je, typ&eacute;s,<br /> Car je ne pourrai de vous deux me passer<br /> Ecoutez-moi, cessez de vous froisser<br /> Et r&eacute;conciliez-vous-en ma pr&eacute;sence<br /> Ils se mirent &agrave; sonner avec outrance,<br /> R&eacute;veillant ainsi toute l&rsquo;assistance<br /> A qui j&rsquo;ai narr&eacute; la sc&egrave;ne avec substance![27]</p> <p>Cet esprit cr&eacute;atif est &eacute;videmment le fruit d&rsquo;une formation socio-po&eacute;tique singuli&egrave;re que beaucoup de po&egrave;tes suivront dans les po&egrave;mes &agrave; caract&egrave;re mystique et profane. Le fabuleux rev&ecirc;t donc une place consid&eacute;rable dans le Melhoun, car il permet au chantre de faire passer, sous une forme ludique, un message ou une id&eacute;e abstraite qu&rsquo;il concr&eacute;tise &agrave; travers des analogies culturellement intelligibles. Cet &eacute;change avec les objets personnifi&eacute;s est visible encore plus dans le po&egrave;me &laquo;&nbsp;La bougie/ Chama&acirc;&nbsp;&raquo;[28] de Mohammed Cherif Benali[29]. El&eacute;ment symbolique par excellence, la bougie est le miroir du po&egrave;te, son double, son porte-parole et son interlocuteur&nbsp;:<br /> &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br /> Par Dieu, chandelle, je t&rsquo;ai questionn&eacute;, r&eacute;ponds-moi!<br /> لله يا الشمعة سلتك ردي لي سئالي<br /> Tant que tu brilles, pourquoi pleurer par ce froid?<br /> اشبيك فالليالي تبكي مادا لكى شعيلا<br /> Pourquoi chandelle, g&eacute;mir tout au long de la nuit?<br /> علاش يا الشمعة تبكي ما طالت الليالي<br /> Tes sanglots finiront par d&eacute;border des puits!<br /> وش بيك يالي تتهيء لبكاك فكل ليلا<br /> Pourquoi passes-tu tes nuits &agrave; te lamenter?<br /> علاش كتساهر داجك ما ساهر ونجالي<br /> [...]<br /> Et enfin&nbsp;! Apr&egrave;s silence parole vit<br /> بلسان حالها قالت لياما اخفاك حالي<br /> M&rsquo;&eacute;vitant ainsi de faire appel &agrave; devin&nbsp;?&nbsp;&nbsp;<br /> [...]<br /> Souviens-toi de moi, Oh! Saint homme &eacute;rudit,<br /> دكرني يا حبر اللغا بشعارك&nbsp; ليا يحدتو بخبارك<br /> Je chanterai tes vers venus du paradis,<br /> يدريه من يكون سوايا وسواك ناري نحكيها كمن عشور فنارك<br /> Et lorsque j&rsquo;aurai de tes nouvelles, ma foi.<br /> وسراري تجي لسرارك قصا من القصايص عشقك وهواك<br /> L&rsquo;insensible &agrave; ta gr&acirc;ce restera coi.<br /> .فاش يجيبو يلا يقلبو دينارك</p> <p>Dans cet extrait, la symbolique de la bougie n&rsquo;est visiblement pas f&eacute;minine comme c&rsquo;est le cas dans la plupart des repr&eacute;sentations po&eacute;tiques, surtout occidentales &ndash; rappelons-nous de Ronsard &ndash; mais elle constitue une part du po&egrave;te, le miroir de son &acirc;me. Cet esprit cr&eacute;atif est le fruit d&rsquo;une formation socio-po&eacute;tique singuli&egrave;re qu&rsquo;un nombre consid&eacute;rable de bardes tentera de suivre dans les po&egrave;mes &agrave; caract&egrave;re mystique et profane. Le fabuleux rev&ecirc;t donc une place consid&eacute;rable dans le Melhoun car il permet au chantre de faire passer, sous une forme ludique, un message ou une id&eacute;e abstraite qu&rsquo;il concr&eacute;tise &agrave; travers des analogies culturellement intelligibles.</p> <h2>Conclusion</h2> <p>Nous en arrivons au fait que la notion &laquo; d&rsquo;analphab&eacute;tisme &raquo; que l&rsquo;on pr&ecirc;te &agrave; toute personne n&rsquo;ayant pas suivi une formation acad&eacute;mique, est &agrave; revoir.&nbsp;Ayant eu pour corpus des po&egrave;mes populaires marocains, nous avons remarqu&eacute; que le chantre du Melhoun se cultivait diff&eacute;remment&nbsp;en passant par une formation sp&eacute;cifique qui lui permet de faire actuellement partie des grands po&egrave;tes. Apprenant d&rsquo;une &laquo; Universit&eacute; Populaire&nbsp;&raquo;, il y a acquis son savoir et son inspiration, &eacute;l&eacute;ments n&eacute;cessaires pour que po&eacute;ticit&eacute; ait lieu. En effet, don, inspiration et culture, lui offrent la capacit&eacute; d&rsquo;utiliser des repr&eacute;sentations imag&eacute;es &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;une langue populaire diff&eacute;rente de la langue commune, ce qui place le Melhoun dans une cat&eacute;gorie singuli&egrave;re o&ugrave; la notion de &laquo;&nbsp;non lettr&eacute;&nbsp;&raquo; n&rsquo;est point importante dans le sens o&ugrave; les images po&eacute;tiques, les rythmes et les messages v&eacute;hicul&eacute;s dans chaque po&egrave;me sont aussi interpellants et parlants que la po&eacute;sie acad&eacute;mique qui ob&eacute;it &agrave; des r&egrave;gles aussi bien formelles que th&eacute;matiques.</p> <h2>Bibliographie</h2> <ul> <li>Abu Rub, M. (1990). La po&eacute;sie galante andalouse du XIe si&egrave;cle : Typologie. Paris :Asfar.</li> <li>Aubin, E. (2004). Le Maroc dans la tourmente il y a cent ans. Paris: Ediff.</li> <li>Ben Rochd, E. (2008). Douze si&egrave;cles de Soufisme au Maroc. Casablanca&nbsp;: Dechra.</li> <li>Bosworth,E. (1989). Encyclop&eacute;die de l&rsquo;Islam. Paris&nbsp;: Maisonneuve et Larose.</li> <li>Boukouss, A. (1995). Soci&eacute;t&eacute;, langues et cultures au Maroc. Rabat&nbsp;: Publications de la Facult&eacute; des Lettres et Sciences Humaines de Rabat n&deg;8.</li> <li>Chebel, M.(1995). Dictionnaire des symboles musulmans. Paris. Albin Michel.</li> <li>Chottin, A. (1940). Le tableau de la Musique marocaine. Paris. Geuthner.</li> <li>El Fadssi,M.(1987). Ma&acirc;lmat Al Melhoun. Rabat. Akadimiyat Al Mamlaka Al Maghribiya.</li> <li>El Jirari, A, (1970). Al qasida. Rabat. Maktabat Attalib.</li> <li>Guessous, F. (2008). Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain&nbsp;: Douze si&egrave;cles de la vie d&rsquo;un royaume. Casablanca. Akadimiyat Al Mamlaka Al Maghribia.</li> <li>Guessous, F. (2013). Le cerb&egrave;re&nbsp;dans l&rsquo;imaginaire Marocain. Casablanca. Akadimiyat Al Mamlaka Al Maghribia.</li> <li>Guessous, F. (2009).&nbsp;Le Melhoun marocain dans la langue de Moli&egrave;re&nbsp;: VIII tomes. Casablanca, Publiday-Multidia.</li> <li>Pellat, C. (1970). Langue et litt&eacute;rature arabe. Paris. Armand Colin.</li> <li>Ragoug, A. (2008). La chanson populaire marocaine&nbsp;: une g&eacute;ographie culturelle diversifi&eacute;e. Rabat. Rabat net.</li> <li>Tahar, A. (1975). La po&eacute;sie populaire alg&eacute;rienne&nbsp;: Rythmes m&egrave;tres et formes. Alger, Soci&eacute;t&eacute; Nationale d&rsquo;Edition et de diffusion&nbsp;: Publications de la biblioth&egrave;que nationale.</li> </ul> <h2>Notes</h2> <p>[1] - Le terme renvoie &agrave; la notion de &laquo;&nbsp;grand po&egrave;te&nbsp;&raquo;, une personne dot&eacute;e du don de dire, qu&rsquo;elle soit lettr&eacute;e ou pas.<br /> [2] - Guessous, F. (2008). Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain : Douze si&egrave;cles de la vie d&rsquo;un royaume. Casablanca. Akadimiyat Al Mamlaka Al Maghribia.<br /> [3] - Par le choix de ce terme, nous voulons d&eacute;montrer que la langue du Melhoun amalgame l&rsquo;arabe classique et le parler marocain de l&rsquo;&eacute;poque pour en faire un langage po&eacute;tique.<br /> [4] - Ibn Khaldun Abou Ze&iuml;d Abdelrahman Ibn Mohammed Al Hadrami est n&eacute; le 27 mai 1332 &agrave; Tunis et mort le 17 mars 1406 au Caire. C&rsquo;&eacute;tait un historien, &eacute;conomiste, g&eacute;ographe, d&eacute;mographe, pr&eacute;curseur de la sociologie et homme d&#39;&Eacute;tat d&#39;origine arabe.<br /> [5] - L&rsquo;anc&ecirc;tre du Melhoun serait &acirc;rud al balad (m&eacute;trique locale). Ces rimes des villes apparaissent tout abord en Espagne avant de se propager en Afrique, notamment au Maghr&eacute;b. &Acirc;rud al balad est selon Ibn Khaldun une po&eacute;sie strophique d&eacute;riv&eacute;e du mouwacchah (terme arabe qui d&eacute;signe un po&egrave;me &agrave; structure libre, en arabe ou en h&eacute;breu. Son origine date de la fin du VIII si&egrave;cle en Andalousie musulmane. Les mouachahats au pluriel ont pour th&eacute;matiques l&rsquo;amour ou le vin). De ce fait, le terme Melhoun n&rsquo;appara&icirc;t pas dans son &oelig;uvre mais les sp&eacute;cificit&eacute;s qui sont donn&eacute;es &agrave; ce genre po&eacute;tique se rapprochent d&eacute;j&agrave; du Melhoun tel que nous le connaissons aujourd&rsquo;hui.<br /> [6]- Ibn Khaldun. A (1997). Al Muqaddima, Discours sur l&#39;histoire universelle, traduit de l&rsquo;arabe par Vincent Monteil, Paris, Sindbad, coll. &laquo;&nbsp;Thesaurus, Actes Sud&nbsp;&raquo;. p&nbsp;: 532.<br /> [7] - Abbas Jirari est n&eacute; &agrave; Rabat en 1937. C&rsquo;est un homme politique homme de lettres marocain qui a &eacute;galement &eacute;t&eacute; conseiller du Roi Hassan II.<br /> [8]- El Jirari, A, (1970). Al Qasida. Rabat, Maktabat Attalib. p: 108.<br /> [9]- Ibid.<br /> [10]- El Fassi, M. (1987). Ma&acirc;lmat Al Melhoun : T III. Rabat. p: 8-9.<br /> [11] - Terme connu au pluriel : les mu&#39;allaq&acirc;t (po&egrave;mes suspendus), constituent la plus c&eacute;l&egrave;bre des anthologies de la po&eacute;sie pr&eacute;-islamique. Elles ont une place importante dans la litt&eacute;rature arabe.<br /> [12]- Guessous, F. Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain, Op.cit&nbsp;: pp.23-25.<br /> [13] - N&eacute; &agrave; F&egrave;s en 1908 et d&eacute;c&eacute;d&eacute;&nbsp; &agrave; Rabat le 21 d&eacute;cembre 1991, El Fassi est un homme d&#39;&Eacute;tat marocain&nbsp;; il a &eacute;t&eacute; ministre de l&#39;&Eacute;ducation Nationale et des Beaux-Arts au Maroc sous le Gouvernement Bekkay Ben M&#39;barek Lahbil (1955-1958), ainsi que Ministre de la Culture en 1970. Il a aussi &eacute;t&eacute; recteur de l&#39;Universit&eacute; Quaraouiyine de F&egrave;s, puis de l&#39;Universit&eacute; Mohammed V de Rabat. Plus encore, il f&ucirc;t directeur du bureau local de l&#39;UNESCO &agrave; Rabat et Pr&eacute;sident du Conseil Ex&eacute;cutif de l&#39;UNESCO. Il a &eacute;galement &eacute;t&eacute; Professeur au Coll&egrave;ge Royal o&ugrave; il a enseign&eacute; l&#39;Histoire aux princes et aux princesses de l&rsquo;&eacute;poque.<br /> [14]- Guessous, F. Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain, Op.cit&nbsp;: pp : 208-211.<br /> [15]-Driss Ben Ali est aussi connu sous le nom de Driss El Hanch. Il a v&eacute;cu &agrave; F&egrave;s sous le r&egrave;gne du Sultan Moulay Abdelaziz (1894&ndash;1908) et poss&egrave;de &agrave; son actif de tr&egrave;s belles et nombreux po&egrave;mes dont les th&egrave;mes sont &nbsp;vari&eacute;s, il a aussi bien chant&eacute; Dieu, le Proph&egrave;te, le saints que la femme et l&rsquo;amour. Sa qasida, &laquo; El kas (Le verre)&nbsp;&raquo; demeure une de ses plus belles &oelig;uvres, mais &laquo; Ghita &raquo; et &laquo; Fatma &raquo; sont les plus connues &nbsp;du public.<br /> [16] - Guessous, F. Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain, Op.cit&nbsp;: 438-439.<br /> [17] - Benali Mesfioui est n&eacute; &agrave; F&egrave;s sous le r&egrave;gne de Moulay Hassan 1er (1873-1894). Il a montr&eacute; un tr&egrave;s grand int&eacute;r&ecirc;t pour le Melhoun d&egrave;s son jeune &acirc;ge. Au retour du p&egrave;lerinage dans les lieux saints, il s&rsquo;arr&ecirc;ta en Turquie o&ugrave; il s&rsquo;enr&ocirc;la dans l&rsquo;arm&eacute;e turque. A son retour au Maroc, au d&eacute;clenchement de la premi&egrave;re guerre mondiale il fut arr&ecirc;t&eacute; et emprisonn&eacute; pendant plus de quatre ans par les autorit&eacute;s du protectorat. Il d&eacute;cida par la suite de s&rsquo;installer &agrave; Sal&eacute;.<br /> [18] - Le tfaya ou tfaia est une pr&eacute;paration culinaire marocaine r&eacute;alis&eacute; &agrave; base d&#39;oignons et de raisins secs noirs auxquels s&#39;ajoutent d&#39;autres ingr&eacute;dients sucr&eacute;s comme le miel et la cannelle moulue. Il est souvent rajout&eacute; au couscous et aux tagines.<br /> [19] - La seffa est un plat marocain et alg&eacute;rien &agrave; base de semoule, de sucre, de cannelle et d&rsquo;amandes. Au Maroc, il peut aussi &ecirc;tre fait avec du riz ou des vermicelles. Ce plat se mange g&eacute;n&eacute;ralement en fin de repas avant le dessert. Il est souvent servi pendant les c&eacute;r&eacute;monies traditionnelles de mariage et les repas de famille.<br /> [20]- Guessous, F. Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain, Op.cit&nbsp;: 438-439.<br /> [21]- Belakbir. A (2010). &nbsp;Ch&icirc;r Al Melhoun, Addahira Wa Dalalatouha. Premi&egrave;re Partie. Marrakech. Sebou : p.259.<br /> [22]- Ibid.<br /> [23]- Contemporain et originaire de Marrakech, Moulay Smail vit &agrave; Safi o&ugrave; il travaillait dans un office. Ses &oelig;uvres sont tr&egrave;s appr&eacute;ci&eacute;es du public et ses th&egrave;mes pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s sont la satire, o&ugrave; dans de nombreux po&egrave;mes, il d&eacute;peint la soci&eacute;t&eacute; avec beaucoup d&rsquo;humour.<br /> [24] - El Melhouni.A, (2010). Association Jilali Mtired [en ligne] pr&eacute;sid&eacute;e par Abderrahamane El Melhouni, Marrakech. Disponible sur .<br /> [25]- Guessous, F. (2009).&nbsp;Le Melhoun marocain dans la langue de Moli&egrave;re&nbsp;: T.VII-VIII. Casablanca, Publiday-Multidia.&nbsp; pp. 31-33.<br /> [26] - El Melhouni. A. Association Jilali Mtired [en ligne], Op.cit.<br /> [27] - Guessous, F. Le Melhoun marocain dans la langue de Moli&egrave;re. Op.cit.<br /> [28]- Guessous, F. Anthologie de la po&eacute;sie du Melhoun marocain, Op.cit&nbsp;: pp. 306, 314.<br /> [29] - Mohamed Cherif Benali, dit Ould Rzine a v&eacute;cu &agrave; F&egrave;s sous le r&egrave;gne de quatre sultans, Moulay Abdallah (1729-1757), Sidi Mohamed Ben Abdellah (1754-1790), Moulay Lyazid (1790-1792) et Moulay Slimane (1792-1822). Originaire du Tafilalet, il reste l&rsquo;un des plus talentueux po&egrave;tes du Melhoun et une grande partie de son &oelig;uvre est toujours chant&eacute;e en de nombreuses circonstances.</p>

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Le glénti d’Olympos : transmission et valorisation d’un patrimoine immatériel

Nittis MÉLANIE

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