Actes n°2 / (Faire) rire. Formes, manifestations et fonctions du rire dans les sociétés des Suds et des Orients

(Du) rire aux larmes.  Rôles et fonctions du rire dans le roman unamunien

Alya BEN HAMIDA
(Du) rire aux larmes.  Rôles et fonctions du rire dans...

Résumé

Le rire, pour Miguel de Unamuno (1864-1936), est l’un des instruments de l’expérience de vertige et de porosité à laquelle il convie son lecteur. Le caractère double du phénomène, à la fois corporel et spirituel, reflète ainsi la nature du sujet de son anthropologie philosophique, l’homme « de carne y hueso ». Sa dimension pédagogique en fait l’un de ses outils privilégiés, par le biais, par exemple, de l’ironie. De plus l’intime entrelacs qui unit le rire aux larmes et la comédie à la tragédie s’inscrit à merveille dans le projet et l’esthétique choisis par Miguel de Unamuno : la confusion et la porosité des frontières.

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<p><em>Par Alya Ben Hamida</em></p> <p><em>Universit&eacute; Paul Val&eacute;ry &ndash; Montpellier III/LLACS</em></p> <p>&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Associer le rire &agrave; Miguel de Unamuno, penseur espagnol c&eacute;l&egrave;bre pour son angoisse opini&acirc;tre&nbsp;face &agrave; la mort, peut sembler paradoxal. Mais le rire, en tant que ph&eacute;nom&egrave;ne proprement humain, s&rsquo;inscrit d&rsquo;abord dans l&rsquo;anthropologie philosophique unamunienne. Par ailleurs, sa duplicit&eacute; intrins&egrave;que, qui convoque le corps et engage l&rsquo;esprit, lui octroie une place de choix dans l&rsquo;exp&eacute;rience (m&eacute;ta)physique de vertige et de confusion &agrave; laquelle Unamuno convie son lecteur. </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Le rire en effet est un ph&eacute;nom&egrave;ne double, caract&eacute;ris&eacute; par l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; et la dualit&eacute;. Cette complexit&eacute;&nbsp;inh&eacute;rente explique la raret&eacute; des ouvrages philosophiques qui lui sont consacr&eacute;s et la m&eacute;fiance avec laquelle il est parfois re&ccedil;u. Michel Delon, auteur du &laquo;&nbsp;Rire sardonique ou la limite du rire&nbsp;&raquo;, explique que, chez Montesquieu, le rire se pr&eacute;sente comme une r&eacute;action de d&eacute;fense devant ce qui offense&nbsp;: &laquo; L&#39;homme ne rit jamais qu&#39;en vertu d&#39;un retour flatteur sur lui-m&ecirc;me et d&#39;une comparaison plus ou moins orgueilleuse qu&#39;il fait de lui &agrave; l&#39;objet ridicule &raquo; (Delon, 2000 p. 259). Pour Bergson [1900], auteur du <i>Rire&nbsp;: essai sur la signification du comique</i>, il agit comme une forme de punition sociale qui suspend l&rsquo;empathie du rieur et connote une infraction. De plus, la folie, la marginalit&eacute; et la condamnation religieuse n&rsquo;en sont jamais tr&egrave;s &eacute;loign&eacute;es. Dans</span><span style="background:white"><span style="font-family:Times"><span style="color:black"> &laquo;&nbsp;</span></span></span><span style="font-family:Times">Une enqu&ecirc;te sur le rire&nbsp;&raquo;, Jacques Legoff souligne que&nbsp;: </span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacingCxSpFirst" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;L&rsquo;exclusion par l&rsquo;&eacute;glise des com&eacute;diens des cimeti&egrave;res est un cas spectaculaire de cette exclusion du rire du monde des honn&ecirc;tes gens, des gens s&eacute;rieux, des gens convenables et de la culture reconnue.&nbsp;&raquo; (Legoff, 1997, p. 454)</span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacingCxSpLast" style="text-align:justify; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif">&nbsp;</span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Par ailleurs, le rire ajoute &agrave; son ambigu&iuml;t&eacute; et &agrave; son incongruit&eacute; la multiplicit&eacute; des formes qu&rsquo;il peut rev&ecirc;tir et la diversit&eacute; des champs d&rsquo;action dans lesquels il peut intervenir&nbsp;: arts picturaux et visuels, litt&eacute;rature, discours et relations sociales. Sa porosit&eacute; constitutive et la complexe appr&eacute;hension de sa nature justifient que son analyse repose g&eacute;n&eacute;ralement sur la relation &agrave; ses antagonistes traditionnels, les larmes et le s&eacute;rieux.</span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Toutefois, pour Unamuno, ce rire prot&eacute;iforme, si semblable &agrave; l&rsquo;humain auquel il &eacute;chappe, ne s&rsquo;oppose pas au pathos, &agrave; la trag&eacute;die ou &agrave; la philosophie, voire il les annonce et s&rsquo;y m&ecirc;le. </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Dans les romans d&rsquo;Unamuno, rire et connaissance&nbsp;s&rsquo;entrem&ecirc;lent, d&rsquo;abord par le biais de l&rsquo;ironie. B&eacute;n&eacute;dicte Vauthier (2014) rel&egrave;ve que l&rsquo;ironie tient une place pr&eacute;pond&eacute;rante dans la dialectique unamunienne. Cette derni&egrave;re se donne dans le dialogue, dans la confrontation r&eacute;flexive et le d&eacute;doublement de la conscience. L&rsquo;ironie unamunienne se veut socratique, dans la mesure o&ugrave; elle invite le lecteur &agrave; une ma&iuml;eutique. Pour Unamuno, il existe donc une &eacute;troite relation entre l&rsquo;ironie comme &eacute;l&eacute;ment discursif et une forme de connaissance d&eacute;bouchant sur un savoir dialogique. Or, cette m&eacute;thode suppose de cr&eacute;er un malaise, de susciter le trouble de l&rsquo;auditeur ou du lecteur. En effet, l&rsquo;ironie implique une duplicit&eacute; de la part de l&rsquo;&eacute;metteur, une feinte na&iuml;vet&eacute; trompeuse et qui se veut plus ou moins manipulatrice. Le rire qu&rsquo;elle suscite rev&ecirc;t donc une dimension s&eacute;rieuse, voire cruelle, tout en &eacute;tablissant une connivence entre &eacute;metteur et r&eacute;cepteur, une complicit&eacute; n&eacute;cessaire &agrave; la compr&eacute;hension du discours. Comme le r&eacute;sume Leo Strauss&nbsp;: </span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;L&rsquo;ironie est donc la noble dissimulation de sa propre valeur, de sa propre sup&eacute;riorit&eacute;. [&hellip;] La forme la plus &eacute;lev&eacute;e de sup&eacute;riorit&eacute; est la sup&eacute;riorit&eacute; en sagesse. Par cons&eacute;quent, la forme la plus &eacute;lev&eacute;e d&rsquo;ironie sera la dissimulation de sa propre sagesse, c&rsquo;est &agrave; dire la dissimulation de ses sages pens&eacute;es<a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[1]</span></span></span></span></span></a>.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">L&rsquo;ironie appara&icirc;t donc li&eacute;e &agrave; une forme particuli&egrave;re, le dialogue, fer de lance de l&rsquo;&eacute;criture unamunienne et &eacute;tablit dans son &oelig;uvre un lien ontologique entre la philosophie comme recherche de la connaissance et la litt&eacute;rature. Dans <i>Niebla</i> [1914], l&rsquo;ironie est omnipr&eacute;sente, ainsi que le rel&egrave;ve </span><span style="font-family:Times">Manuel Cifo Gonz&aacute;lez (2000)&nbsp;:</span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;L&rsquo;un des &eacute;l&eacute;ments qui attire le plus puissamment l&rsquo;attention dans la structure narrative de <i>Niebla</i> est l&rsquo;emploi de l&rsquo;ironie, pas seulement dans le sens de donner &agrave; comprendre le contraire de ce qui est dit ou pens&eacute;, mais aussi dans le sens de la plaisanterie fine et dissimul&eacute;e. C&rsquo;est pourquoi nous la verrons utilis&eacute;e aussi bien par le narrateur que par des personnages du roman</span></span><a href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[2]</span></span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">En effet, d&egrave;s le prologue de l&rsquo;&oelig;uvre, Unamuno manie l&rsquo;ironie en r&eacute;affirmant son personnage, Victor Goti comme auteur du prologue, allant jusqu&rsquo;&agrave; lui reprocher de d&eacute;voiler des pens&eacute;es r&eacute;serv&eacute;es au cercle intime&nbsp;: </span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;Et Goti a commis dans son prologue l&rsquo;indiscr&eacute;tion de publier certains de mes jugements, que je n&rsquo;avais pas l&rsquo;intention de rendre publics. Ou pour le moins je n&rsquo;ai jamais voulu qu&rsquo;ils soient publi&eacute;s de mani&egrave;re aussi crue que lorsque je les exposais en priv&eacute;</span></span><a href="#_ftn3" name="_ftnref3" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[3]</span></span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Au travers de l&rsquo;ironie, Unamuno m&ecirc;le d&rsquo;embl&eacute;e r&eacute;alit&eacute; et di&eacute;g&egrave;se en invitant son personnage &agrave; le rejoindre dans la sph&egrave;re historique. Il r&eacute;affirme de ce fait l&rsquo;autonomie, voire la primaut&eacute; du personnage de fiction sur son auteur. L&rsquo;ironie unamunienne se veut donc p&eacute;dagogique&nbsp;; sa duplicit&eacute; cherche, &agrave; troubler le lecteur&nbsp;; le rire qu&rsquo;elle peut susciter veut emporter son adh&eacute;sion pour le confronter &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de repenser son rapport &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre litt&eacute;raire et &agrave; la r&eacute;alit&eacute; dans laquelle il &eacute;volue. </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Si Unamuno recourt &agrave; cette vertu didactique de l&rsquo;ironie, c&rsquo;est que le rire agit comme un d&eacute;voilement de la v&eacute;rit&eacute;. Ainsi, dans <i>Vida de don Quijote y Sancho</i> [1<span style="color:black">905]</span>, &nbsp;Unamuno &eacute;crit&nbsp;: &laquo;&nbsp;le barbier se retient de rire pour ne pas &ecirc;tre reconnu. Il sait que le rire, en nous arrachant le masque du s&eacute;rieux, nous met &agrave; d&eacute;couvert<a href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[4]</span></span></span></span></span></a>&raquo;. Le rire d&eacute;chire&nbsp;le &laquo;&nbsp;voile de Maya&nbsp;&raquo; de Schopenhauer [1819], le voile de l&rsquo;illusion et expose la chose &laquo;&nbsp;en-soi&nbsp;&raquo;, &laquo; la v&eacute;ritable et unique r&eacute;alit&eacute; des choses &raquo;, au-del&agrave; des ph&eacute;nom&egrave;nes, de ce qui se laisse observer.&nbsp; </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify">&nbsp;</p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; N&eacute;anmoins, si pour Unamuno le rire peut enseigner et dire le vrai, il cherche &eacute;galement &agrave; provoquer et d&eacute;noncer. Ainsi, &agrave; la suite <i>d&rsquo;Amor y Pedagog&iacute;a</i> [1902], Unamuno int&egrave;gre des notes pour un trait&eacute; de cocotologie, manuel de fabrication de cocottes en papier, pr&eacute;sent&eacute; comme une &oelig;uvre in&eacute;dite d&rsquo;Entreambosmares, personnage de l&rsquo;&oelig;uvre sus-cit&eacute;e. Selon Jos&eacute;-Carlos Mainer (2010) cet ajout consiste en :</span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;Une raillerie compl&egrave;te de l&rsquo;ambition humaine de tout r&eacute;duite &agrave; une m&eacute;thode ou &agrave; un syst&egrave;me, comme le fit Ram&oacute;n Llull, mais aussi Krause et son disciple Juli&aacute;n Sanz del R&iacute;o, Comte et Spencer, les titans du XIXe contre lesquelles se dresse tout le livre</span></span><a href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[5]</span></span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">.&nbsp;&raquo; </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Le rire na&icirc;t alors de la satire. En effet, en impliquant une prise de distance critique et en suspendant l&rsquo;empathie du rieur, le rire marque symboliquement une transgression. Pour Schopenhauer (1984), il signale une incongruit&eacute;&nbsp;; &laquo; le rire se produit donc toujours &agrave; la suite d&rsquo;une subsomption paradoxale, et par cons&eacute;quent inattendue, qu&rsquo;elle s&rsquo;exprime en paroles ou en action. Voil&agrave;, en abr&eacute;g&eacute;, la vraie th&eacute;orie du rire &raquo; (p. 93). </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Le rire r&eacute;v&egrave;le donc la perception subite d&rsquo;une inad&eacute;quation entre un concept et l&rsquo;objet qu&rsquo;il sert &agrave; repr&eacute;senter. C&rsquo;est le cas dans <i>Amor y Pedagog&iacute;a,</i> o&ugrave; il est provoqu&eacute; par la fa&ccedil;on dont le personnage Avito Carrascal choisit d&rsquo;organiser l&rsquo;ensemble de sa vie et l&rsquo;&eacute;ducation de son fils selon les principes r&eacute;gulateurs de la raison. Il d&eacute;cide par exemple de faire le choix d&rsquo;un mariage rationnel, &laquo;&nbsp;d&eacute;ductif&nbsp;&raquo; qui &eacute;choue finalement face &agrave; son attirance toute physique pour Marina. Dans cette &oelig;uvre, les maximes g&eacute;n&eacute;rales rationnelles s&rsquo;opposent aux nuances propres &agrave; la vie&nbsp;; ce d&eacute;calage cr&eacute;e le ridicule <s>l</s>e rire. Mais sa dimension pol&eacute;mique est ici entach&eacute;e de m&eacute;lancolie puisque rire d&rsquo;Avito Carrascal, c&rsquo;est souligner en d&eacute;finitive l&rsquo;impossible ad&eacute;quation entre l&rsquo;id&eacute;al et la vie, &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;un &eacute;chec sans cesse renouvel&eacute;.</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dans <i>Niebla</i>, comme le remarque&nbsp;Manuel Cifo Gonz&aacute;lez, une longue&nbsp;partie du Chapitre XXIII est une satire du personnage d&rsquo;Antol&iacute;n S&aacute;nchez Paparrig&oacute;pulos, reflet litt&eacute;raire de Marcelino Men&eacute;ndez Pelayo, auteur et &eacute;rudit fort critiqu&eacute; par la G&eacute;n&eacute;ration de 98 et en particulier par Unamuno qui lui reprochait son traditionalisme. C&rsquo;est lui qu&rsquo;Augusto consulte lorsqu&rsquo;il d&eacute;cide de s&rsquo;adonner &agrave; l&rsquo;analyse de&nbsp;la psychologie f&eacute;minine et &agrave; la r&eacute;daction de deux monographies, oubliant que le savant se consacre certes &agrave; l&rsquo;&eacute;tude des femmes, mais &laquo;&nbsp;plus dans les livres que dans la vie&nbsp;&raquo;. Son ami Goti, dans une emphase comique, tente de le dissuader de se risquer &agrave; une vaine&nbsp;exp&eacute;rimentation :</span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;Toute personne qui cherche &agrave; exp&eacute;rimenter quelque chose, mais en restant en retrait, sans se br&ucirc;ler les ailes, ne sait jamais rien avec certitude. Ne te fie jamais &agrave; un autre chirurgien qu&rsquo;&agrave; celui qui s&rsquo;est lui-m&ecirc;me amput&eacute; d&rsquo;un membre, ni &agrave; un psychiatre qui ne soit fou<a href="#_ftn6" name="_ftnref6" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[6]</span></span></span></span></span></a>.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Et c&rsquo;est bien Augusto qui sera le cobaye de cette &eacute;trange exp&eacute;rience de dissection&nbsp;: &laquo;&nbsp;je deviens la grenouille<a href="#_ftn7" name="_ftnref7" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[7]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;. Le rire intervient ici pour tourner en d&eacute;rision et d&eacute;noncer les pr&eacute;tentions philosophico-scientifiques &agrave; une analyse non empirique de l&rsquo;existence. Car toute forme d&rsquo;absolu, d&rsquo;id&eacute;al ou de syst&eacute;matisation est pour Unamuno condamn&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;chec parce que r&eacute;ductrice. L&rsquo;homme ou la femme ne peuvent &ecirc;tre appr&eacute;hend&eacute;s selon le seul principe de la raison, dans une version abstraite et &eacute;th&eacute;r&eacute;e. Et Unamuno en apporte la preuve&nbsp;: Augusto, qui recherche l&rsquo;&acirc;me universelle de la femme, en vient &agrave; perdre la sienne. Ce processus, dont l&rsquo;issue est certes tragique, reste risible en raison de l&rsquo;inversion, l&rsquo;un des cinq ressorts principaux du comique d&eacute;finis par Bergson dans le<i> Rire</i>, le rire qui d&eacute;nonce, d&eacute;forme son objet et provoque le lecteur, d&rsquo;o&ugrave; sa dimension pol&eacute;mique et subversive qui n&rsquo;est pas exempte de risques. En effet, la d&eacute;nonciation par le rire, qui suppose une infraction, appelle &agrave; une condamnation. Chez Miguel de Unamuno, &agrave; l&rsquo;instar de tout autre ph&eacute;nom&egrave;ne humain, il renferme un enjeu &eacute;thique et se caract&eacute;rise par sa porosit&eacute; et son ind&eacute;finition. </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify">&nbsp;</p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Certes, on retrouve chez lui une classique typologie des rires, qui distingue d&rsquo;abord le rire de la moquerie, dans <i>Vida de don Quijote y Sancho</i><b>. </b></span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;La malignit&eacute; humaine ne se retrouve en rien plus que dans la moquerie et le d&eacute;mon est le plus grand des moqueurs, l&rsquo;empereur et le p&egrave;re de tous les moqueurs. Et si le rire peut &ecirc;tre saint, lib&eacute;rateur et enfin, bon, il n&rsquo;est pas provoqu&eacute; par la moquerie mais par le contentement<a href="#_ftn8" name="_ftnref8" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[8]</span></span></span></span></span></a>.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Si donc la moquerie condamne et humilie, le rire sauve et lib&egrave;re. Contagieux, il entra&icirc;ne l&rsquo;adh&eacute;sion du rieur et, de ce fait, une forme de de lib&eacute;ration&nbsp;:</span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;Gr&acirc;ce au rire tu les entra&icirc;nes &agrave; ta suite, ils t&rsquo;admirent et t&rsquo;aiment. [&hellip;] &ldquo;Voici l&rsquo;homme&rdquo;, dirent-ils en se moquant &agrave; J&eacute;sus Christ notre Seigneur, &ldquo;voici le fou&rdquo;, diront-ils de toi, mon seigneur don Quichotte, et tu seras le fou, le seul et unique, le Fou<a href="#_ftn9" name="_ftnref9" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[9]</span></span></span></span></span></a>.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Pour Unamuno, le rire survient quand l&rsquo;homme s&rsquo;&eacute;mancipe de la logique. Il est la marque du plaisir que procure cette lib&eacute;ration. C&rsquo;est le combat de don Quichotte qui &eacute;rige la d&eacute;raison en valeur &eacute;thique et se caract&eacute;rise par son refus de se soumettre aux lois logiques, rationnelles ou empiriques. Don Quichotte provoque le rire car il place son imagination et sa volont&eacute; au-dessus de la dictature du r&eacute;el. Unamuno le d&eacute;crit comme un &laquo;&nbsp;Chevalier qui fit rire tout le monde, mais qui ne plaisanta jamais. Il avait l&rsquo;&acirc;me trop grande pour plaisanter. Il fit rire avec son s&eacute;rieux<a href="#_ftn10" name="_ftnref10" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[10]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;. </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Mais&nbsp;cette r&eacute;bellion contre la logique est in&eacute;vitablement &eacute;ph&eacute;m&egrave;re&nbsp;: l&rsquo;esclave retourne &agrave; ses cha&icirc;nes et s&rsquo;il rit c&rsquo;est pour ne pas pleurer. Le rire unamunien rev&ecirc;t un caract&egrave;re &eacute;minemment tragique, puisqu&rsquo;en lib&eacute;rant le rieur, il le renvoie dans le m&ecirc;me temps &agrave; la prise de conscience&nbsp;de sa condition d&rsquo;esclave de la logique. Car le rire poss&egrave;de une dimension s&eacute;rieuse, voire m&eacute;lancolique. Richter, qui influa fortement sur la th&eacute;orie unamunienne du rire, suppose que l&rsquo;humour d&eacute;coule de l&rsquo;inversion ou de l&rsquo;annihilation du sublime&nbsp;: l&rsquo;humour exalte la petitesse et rabaisse la grandeur. Don Quichotte est pour Unamuno un mod&egrave;le de bouffon tragique qui voit continuellement s&rsquo;affronter les nobles concepts chevaleresques h&eacute;rit&eacute;s de ses lectures et la r&eacute;alit&eacute; mesquine, basse de l&rsquo;existence. Dans le second livre, c&rsquo;est de cette divergence que jouent le Duc et la Duchesse pour tourner en ridicule don Quichotte et Sancho. Unamuno juge cet &eacute;pisode pr&eacute;tendument comique particuli&egrave;rement cruel et tragique. </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">C&rsquo;est le cas &eacute;galement de la figure du clown dans <i>San Manuel Bueno, m&aacute;rtir </i>[1933],<i> </i>qui conte l&rsquo;histoire d&rsquo;un pr&ecirc;tre, don Manuel, un saint homme, incapable de trouver la foi.<i> </i>Le personnage tragique du clown, qui pr&eacute;sente son spectacle pendant que sa femme meurt en couches, agit en miroir de Manuel. En effet, pr&ecirc;tre et clown cherchent &agrave; r&eacute;pandre la joie, plong&eacute;s eux-m&ecirc;mes dans la plus profonde d&eacute;sesp&eacute;rance&nbsp;: &laquo; Je suis ici pour faire vivre les &acirc;mes de mes paroissiens, pour les rendre heureux, pour faire en sorte qu&rsquo;ils se r&ecirc;vent immortels et non pour les tuer<a href="#_ftn11" name="_ftnref11" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[11]</span></span></span></span></span></a>&raquo;, affirme don Manuel. La f&eacute;licit&eacute; qu&rsquo;ils s&rsquo;attachent &agrave; r&eacute;pandre leur inspire une reconnaissance mutuelle&nbsp;: &laquo;&nbsp;L&rsquo;on a raison de dire Monsieur le cur&eacute;, que vous &ecirc;tes un saint&nbsp;&raquo;. &laquo;&nbsp;Le saint c&rsquo;est toi, honorable clown, r&eacute;pond don Manuel, &laquo;&nbsp;je t&rsquo;ai vu &oelig;uvrer, et j&rsquo;ai compris que tu ne travaillais pas seulement pour donner du pain &agrave; tes enfants, mais aussi pour donner de la joie &agrave; ceux des autres<a href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[12]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;. Faire rire les hommes, les rendre heureux c&rsquo;est donc se comporter en sain, ce qui conduit &agrave; penser que le rire poss&egrave;de une puissante vertu &eacute;thique. </span></span></span></span></p> <p style="text-indent:35.4pt; text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Ces exemples montrent &eacute;galement combien rire et larmes s&rsquo;entrelacent et r&eacute;v&egrave;lent l&rsquo;attrait de l&rsquo;auteur pour la confusion. Dans <i>Niebla</i> il d&eacute;finit sa philosophie du vertige&nbsp;:</span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;Il faut confondre. Confondre surtout, confondre tout. Confondre le r&ecirc;ve avec l&rsquo;&eacute;veil, la fiction avec la r&eacute;alit&eacute;, le vrai avec le faux&nbsp;; tout confondre dans un m&ecirc;me brouillard. La plaisanterie qui n&rsquo;est ni corrosive ni cruelle ne sert &agrave; rien. L&rsquo;enfant rit dans la trag&eacute;die&nbsp;; le vieillard pleure dans la com&eacute;die</span></span><a href="#_ftn13" name="_ftnref13" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span lang="ES-TRAD" style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[13]</span></span></span></span></span></span></span></a><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">&Agrave; la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;analyse qui cat&eacute;gorise, Unamuno oppose une volont&eacute; de synth&egrave;se. Il cherche &agrave; confondre, refuse la d&eacute;finition, dans sa pens&eacute;e comme dans son &eacute;criture, ce qui m&egrave;ne son personnage Victor Goti &agrave; affirmer de lui qu&rsquo;il a la &laquo; pr&eacute;occupation du bouffon tragique&nbsp;<a href="#_ftn14" name="_ftnref14" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[14]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;, et &agrave; remarquer &laquo;&nbsp;la volont&eacute; confusioniste et ind&eacute;finitioniste de don Miguel<a href="#_ftn15" name="_ftnref15" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[15]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;. L&rsquo;ensemble de sa production litt&eacute;raire et philosophique tend &agrave; confondre les contraires, &agrave; d&eacute;passer la m&eacute;di&eacute;t&eacute; aristot&eacute;licienne pour arriver &agrave; une appr&eacute;hension enti&egrave;re de l&rsquo;homme qui vit et ressent, l&rsquo;homme de &laquo;&nbsp;<i>carne y</i> <i>hueso</i>&nbsp;&raquo;, bien loin des id&eacute;aux philosophiques. Ainsi, alors qu&rsquo;Augusto est au plus profond du drame, abandonn&eacute; par sa promise et aux portes du suicide, Victor Goti ne renonce pas &agrave; l&rsquo;humour, affirmant m&ecirc;me&nbsp;:&nbsp;&laquo; voil&agrave; le moment de plaisanter [&hellip;] C&rsquo;est pour de telles occasions que la plaisanterie a &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;e<a href="#_ftn16" name="_ftnref16" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[16]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;. De la m&ecirc;me fa&ccedil;on, dans<i> Vida de Don Quijote y Sancho</i>, Unamuno d&eacute;finit le chef d&rsquo;&oelig;uvre de Cervant&egrave;s comme&nbsp;: </span></span></span></span></p> <p class="MsoNoSpacing" style="text-align:justify; margin-top:32px; margin-right:60px; margin-bottom:32px; margin-left:60px"><span style="font-size:11pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="font-family:Times">&laquo;&nbsp;Une &oelig;uvre de d&eacute;rision qui condensa le fruit de notre h&eacute;ro&iuml;sme. [&hellip;] Dans une &oelig;uvre de d&eacute;rision l&rsquo;on peut d&eacute;chiffrer l&rsquo;essence de notre philosophie espagnole, [&hellip;]. Et cette &oelig;uvre de d&eacute;rision est la plus triste histoire jamais &eacute;crite, il est vrai, mais &eacute;galement la plus consolatrice pour ceux qui savent appr&eacute;cier dans les larmes de joie la r&eacute;demption de ce mis&eacute;rable bon sens auquel l&rsquo;esclavagisme de la vie pr&eacute;sente nous condamne<a href="#_ftn17" name="_ftnref17" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[17]</span></span></span></span></span></a>.&nbsp;&raquo;</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Rires, larmes, com&eacute;die, trag&eacute;die et philosophie partagent donc pour Unamuno la m&ecirc;me nature. A l&rsquo;image de l&rsquo;homme qui les vit ou les provoque, ils se caract&eacute;risent par leur ind&eacute;finition et la porosit&eacute; des fronti&egrave;res qui les s&eacute;pare.&nbsp;&nbsp; </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify">&nbsp;</p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En d&eacute;finitive, le rire s&rsquo;int&egrave;gre &agrave; merveille au projet unamunien et &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience &agrave; laquelle il entend convier son lecteur. Comme le rel&egrave;ve Valentino Bompiani, auteur d&rsquo;un <i>Diccionario de Autores</i>, &laquo;&nbsp;sa pr&eacute;occupation &eacute;tait que tous vivent inquiets et avides, et il fustigea avec acharnement tout ce qui supposait conformisme, indiff&eacute;rence ou fausset&eacute;<a href="#_ftn18" name="_ftnref18" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[18]</span></span></span></span></span></a>&nbsp;&raquo;. Dans ce cadre, le rire et l&rsquo;humour sont chez lui des outils classiques pour emporter l&rsquo;adh&eacute;sion du lecteur, le provoquer ou d&eacute;noncer des paradigmes qu&rsquo;il consid&egrave;re comme erron&eacute;s ou dangereux. Mais surtout, le rire est une mani&egrave;re d&rsquo;appr&eacute;hender l&rsquo;humain r&eacute;el, de chair et d&rsquo;os, dans ses manifestations empiriques et quotidiennes, dans ses troubles et ses contradictions. Toujours entach&eacute; de m&eacute;lancolie ou d&rsquo;amertume, pour Unamuno le rire est un pendant &agrave; la d&eacute;sesp&eacute;rance, lui qui &eacute;crivait en hommage &agrave; Clar&iacute;n&nbsp;: &laquo;&nbsp;Rions donc, puisque nous sommes n&eacute;s pour souffrir&nbsp;&raquo;. </span></span></span></span></p> <p align="center" style="text-align:justify">&nbsp;</p> <h2>Bibliographie</h2> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Bergson, H. (2005). <i>Le rire&nbsp;: Essai sur la signification du comique</i>, Paris, Presses Universitaires de France, (ouvrage original publi&eacute; en 1900). </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES" style="font-family:Times">Carlos Mainer, J. (2010). Modernidad y nacionalismo. In : Mainer, J-C. (dir.), Pont&oacute;n, G. (coord.), <i>Historia de la literatura espa&ntilde;ola</i> <i>(1900 - 1939</i>), </span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Madrid, Cr&iacute;tica.</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES" style="font-family:Times">Cifo Gonz&aacute;lez, M. (2000). Humor, burla, iron&iacute;a y s&aacute;tira en <i>Niebla </i>: algunas propuestas para la lectura de la nivola unamuniana. <i>Cuad. C&aacute;t. M. de Unamuno</i>, 35, Salamanca, Editciones de Salamanca.</span></span></span></span></p> <p class="MsoFootnoteTextCxSpFirst" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES" style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">Delon<span style="font-variant:small-caps">,</span> M. (2000). </span></span></span><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">Le rire sardonique ou la limite du rire. <i>Dix-huiti&egrave;me Si&egrave;cle, </i>n&deg;32, 255-264. </span></span></span></span></span></span></p> <p class="MsoFootnoteTextCxSpLast" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">Legoff, J. (1997)</span></span></span><span style="font-size:12.0pt"><span style="background:white"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times"><span style="color:black">. </span></span></span></span></span><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">Une enqu&ecirc;te sur le rire. <i>Annales. Histoire, Sciences Sociales</i>. 52</span></span></span><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span new="" roman="" style="font-family:" times="">ᵉ</span></span></span><span style="font-size:12.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times"> ann&eacute;e, n&deg;3, 449-455.</span></span></span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES" style="font-family:Times">Sampablo, E. (2001). Miguel de Unamuno. In : Bompiani<span style="font-variant:small-caps">, </span>V. (dir.), <i>Diccionario de Autores</i>. </span><span style="font-family:Times">Tomo V, Barcelona, Hora, 1963 p. 2825 &ndash; 2829.</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Schopenhauer<span style="font-variant:small-caps">,</span> A. (1984). <i>Le monde comme volont&eacute; et comme repr&eacute;sentation</i>. A. Burdeau (trad.), Paris, PUF, (ouvrage original publi&eacute; en 1819).</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span style="font-family:Times">Strauss<span style="font-variant:small-caps">,</span> L. (1987).&nbsp;Sur la R&eacute;publique de Platon. In <i>La cit&eacute; et l&rsquo;homme</i>, Paris, Agora.</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Unamuno (de), M. (1999a). <i>Amor y pedagog&iacute;a</i>. </span><span style="font-family:Times">Caball&eacute;, A. (ed), Madrid, (ouvrage original publi&eacute; en 1902). </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Unamuno (de), M. (1999b).<i> San Manuel Bueno, m&aacute;rtir</i>. Vald&eacute;s, M. (ed.), Madrid, C&aacute;tedra, Espasa-Calpe, </span><span style="font-family:Times">(ouvrage original publi&eacute; en 1933)</span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">. </span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Unamuno (de), M. (2012).<i> </i></span><i><span lang="ES" style="font-family:Times">Niebla</span></i><span lang="ES" style="font-family:Times">. </span><span style="font-family:Times">Vald&eacute;s, M. J. (ed.), Madrid, C&aacute;tedra, (ouvrage original publi&eacute; en 19014).</span></span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Unamuno (de), M. (2014). </span><i><span lang="ES" style="font-family:Times">Vida de don Quijote y Sancho</span></i><span lang="ES" style="font-family:Times">. Madrid, C&aacute;tedra, </span><span style="font-family:Times">(ouvrage original publi&eacute; en 1905).</span> </span></span></span></p> <p style="text-align:justify"><span style="font-size:12pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Garamond, serif"><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Vauthier, B. (2004).</span><i><span lang="ES" style="font-family:Times"> Arte de escribir e iron&iacute;a en la obra narrativa de Miguel de Unamuno. </span></i><span lang="ES" style="font-family:Times">Salamanca, Ediciones Universidad Salamanca, 2004.</span></span></span></span></p> <div>&nbsp; <hr align="left" size="1" width="33%" /> <div id="ftn1"> <h2>Notes</h2> <p class="MsoFootnoteTextCxSpFirst" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref1" name="_ftn1" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[1]</span></span></span></span></span></span></a> <span style="font-family:Times">Strauss (1987, p. 69), cit&eacute; par Vauthier (2014 p. 316).</span> </span></span></p> </div> <div id="ftn2"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref2" name="_ftn2" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[2]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;</span><i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Uno de los elementos que m&aacute;s poderosamente llama la atenci&oacute;n en la estructura narrativa de Niebla es el uso de la iron&iacute;a, no s&oacute;lo en su acepci&oacute;n de dar a entender lo contrario de lo que se dice o se piensa, sino m&aacute;s bien en el sentido de burla fina y disimulada. As&iacute; es como la podemos ver empleada tanto por parte del narrador como por parte de algunos de los personajes de la novela</span></i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">&rdquo;</span><span lang="ES" style="font-family:Times">&nbsp;(</span><span lang="ES" style="font-family:Times">Cifo Gonz&aacute;lez, 2000, p. 44). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn3"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref3" name="_ftn3" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[3]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>Y Goti ha cometido en su pr&oacute;logo la indiscreci&oacute;n de publicar juicios m&iacute;os que nunca tuve intenci&oacute;n de que se hiciesen p&uacute;blicos. O por lo menos nunca quise que se publicaran con la crudeza con que en privado los expon&iacute;a</i>&rdquo; (Unamuno, 2012, p. 83).</span></span></span></p> </div> <div id="ftn4"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref4" name="_ftn4" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[4]</span></span></span></span></span></span></a> <i><span lang="ES" style="font-family:Times">El barbero disimula la risa para no ser conocido. Sabe que le risa, arranc&aacute;ndonos la m&aacute;scara de la seriedad, </span></i><span lang="ES" style="font-family:Times">[&hellip;]<i>, nos pone al descubierto</i>&rdquo; (Unamuno, 2014, p. 276). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn5"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref5" name="_ftn5" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[5]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>Una completa burla de la ambici&oacute;n humana de reducir todo a m&eacute;todo y sistema, tal como hizo Ram&oacute;n Llull </i>[&hellip;]<i>, pero como tambi&eacute;n hicieron Krause y su seguidor Juli&aacute;n Sanz del Rio, Comte y Spencer, los titanes decimon&oacute;nicos contra los que se endereza todo el libro</i>&rdquo; (Mainer, </span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">2010, </span><span lang="ES" style="font-family:Times">p. 254).&nbsp;</span></span></span></p> </div> <div id="ftn6"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref6" name="_ftn6" title=""><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="Caractresdenotedebasdepage" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[6]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>Todo el que se mete a querer experimentar algo, pero guardando la retirada, no quemando las naves, nunca sabe nada de cierto. Jam&aacute;s te f&iacute;es de otro cirujano que de aquel que se haya amputado a s&iacute; mismo alg&uacute;n propio miembro, ni te entregues a alienista que no est&eacute; loco</i>&rdquo; (<span style="color:black">Unamuno, 2012,</span><i> </i><span style="color:black">p. 227).</span> &nbsp;&nbsp;&nbsp;</span></span></span></p> </div> <div id="ftn7"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref7" name="_ftn7" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[7]</span></span></span></span></span></span></a><span style="font-family:Times"> &ldquo;<i>Estoy haciendo de rana</i>&rdquo; </span><span lang="ES" style="font-family:Times">(<span style="color:black">Unamuno, 2012,</span><i> </i>p. 231).</span></span></span></p> </div> <div id="ftn8"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref8" name="_ftn8" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[8]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>Porque en nada como en la burla se conoce la maldad humana y el demonio es el gran burlador, el emperador y padre de los burladores todos. Y si la risa puede llegar a ser santa y liberadora y, en fin, buena, no es ella risa de burla, sino risa de contento</i>&rdquo; (Unamuno, 2014,<i> </i>p. 393).</span></span></span></p> </div> <div id="ftn9"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref9" name="_ftn9" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[9]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>Con la risa los llevas tras de ti, te admiran y te quieren. </i>[&hellip;]<i> &laquo;He aqu&iacute; el hombre&raquo;, dijeron en burla a Cristo Nuestro Se&ntilde;or; &laquo;he aqu&iacute; el loco&raquo;, dir&aacute;n de ti, mi se&ntilde;or Don Quijote, y ser&aacute;s el loco, el &uacute;nico, el Loco</i>&rdquo;<i>&nbsp;</i> (Unamuno, 2014, p. 278). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn10"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref10" name="_ftn10" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[10]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;</span><i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Caballero que hizo re&iacute;r a todo el mundo, pero que nunca solt&oacute; un chiste. Ten&iacute;a el alma demasiado grande para parir chistes. Hizo re&iacute;r con su seriedad</span></i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">&rdquo;</span> <span lang="ES" style="font-family:Times">(Unamuno, 2014, p. 143). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn11"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref11" name="_ftn11" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[11]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;</span><i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Yo estoy aqu&iacute; para hacer vivir a las almas de mis feligreses, para hacerlos felices, para hacerles que se sue&ntilde;en inmortales y no para matarlos</span></i><span lang="ES" style="font-family:Times">&rdquo; (Unamuno, </span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">1999b</span><i><span lang="ES" style="font-family:Times">, </span></i><span lang="ES" style="font-family:Times">p. 143). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn12"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref12" name="_ftn12" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[12]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;</span><i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Bien se dice, se&ntilde;or cura, que es usted un santo El santo eres t&uacute;, honrado payaso; te vi trabajar, comprend&iacute; que no solo lo haces para dar pan a tus hijos, sino tambi&eacute;n para dar alegr&iacute;a a los de los otros</span></i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">&rdquo;</span> <span lang="ES" style="font-family:Times">(</span><span lang="ES" style="font-family:Times">Unamuno, </span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">1999b</span><span lang="ES" style="font-family:Times">, p. 127 &ndash; 128). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn13"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref13" name="_ftn13" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[13]</span></span></span></span></span></span></a><i> </i><span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;</span><i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">Y hay que confundir. Confundir sobre todo, confundirlo todo. Confundir el sue&ntilde;o con la vela, la ficci&oacute;n con la realidad, lo verdadero con lo falso&nbsp;; confundirlo todo en una sola niebla. La broma que no es corrosiva y contundente no sirve para nada. El ni&ntilde;o se r&iacute;e en la tragedia; el viejo llora en la comedia</span></i><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">&rdquo; (Unamuno<i>, </i>2012,<i> </i></span><span lang="ES" style="font-family:Times">p.&nbsp;248). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn14"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref14" name="_ftn14" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[14]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>preocupaci&oacute;n del bufo tr&aacute;gico</i>&rdquo;<i> </i></span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">(Unamuno<i>, </i>2012</span><span lang="ES" style="font-family:Times">, p. 77).</span></span></span></p> </div> <div id="ftn15"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref15" name="_ftn15" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[15]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>el &iacute;mpetu confusionista a indefinicionista de don Miguel</i>&rdquo; </span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">(Unamuno<i>, </i>2012</span><span lang="ES" style="font-family:Times">, p.82). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn16"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref16" name="_ftn16" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[16]</span></span></span></span></span></span></a><span lang="ES" style="font-family:Times">&nbsp;&ldquo;<i>esta es la ocasi&oacute;n de bromas. [&hellip;] Para estas ocasiones se ha hecho la burla</i>&rdquo;<i> </i></span><span lang="ES-TRAD" style="font-family:Times">(Unamuno<i>, </i>2012</span><span lang="ES" style="font-family:Times">, p. 247).</span></span></span></p> </div> <div id="ftn17"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref17" name="_ftn17" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[17]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>En una obra de burlas se condens&oacute; el fruto de nuestro hero&iacute;smo; </i>[&hellip;]<i> en una obra de burlas se cifra y compendia nuestra filosof&iacute;a espa&ntilde;ola, </i>[&hellip;]<i>.</i> <i>Y esa obra de burlas es la m&aacute;s triste historia que jam&aacute;s se ha escrito; la m&aacute;s triste, s&iacute;, pero tambi&eacute;n la m&aacute;s consoladora para cuantos saben gustar en las l&aacute;grimas de la risa la redenci&oacute;n de la miserable cordura a que la esclavitud de la vida presente nos condena.&rdquo;</i> (Unamuno, 2014, p.</span>&nbsp;<span lang="ES" style="font-family:Times">434). </span></span></span></p> </div> <div id="ftn18"> <p class="MsoFootnoteTextCxSpMiddle" style="text-align:justify"><span style="font-size:10pt"><span style="font-family:Garamond, serif"><a href="#_ftnref18" name="_ftn18" title=""><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-family:Times"><span class="MsoFootnoteReference" style="vertical-align:super"><span style="font-size:10.0pt"><span style="line-height:150%"><span style="font-family:Times">[18]</span></span></span></span></span></span></a> <span lang="ES" style="font-family:Times">&ldquo;<i>Fue su preocupaci&oacute;n que todos vivieran inquietos y anhelantes, y fustig&oacute; encarnizadamente todo cuanto supon&iacute;a conformismo, indiferencia, o falsedad</i>&rdquo; (Sampablo, 2001, p. 2825). </span></span></span></p> <p class="MsoFootnoteTextCxSpLast" style="text-align:justify">&nbsp;</p> </div> </div>

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La femme dans la caricature en France et en Italie au tournant du XXe siècle

Roberta SERRA

Ce texte propose une analyse de la production imagière sur le thème de la femme dans le domaine de la caricature, en France et en Italie. La période chronologique prise en considération correspond au moment où le développement, la démocratisation et la diffusion de cette production est la plus importante dans les deux pays. La période coïncide également avec un moment crucial de l'histoire des droits des femmes : la naissance des premiers mouvements féministes et associations féminines. Le développement de...

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Actes n°2 / 2020

Préface

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